Mohamed Choukri – Le pain nu

Mohamed Choukri - Le pain nuMohamed Choukri est l’un des écrivains les plus connus de la littérature arabe. S’il est parvenu à se hisser en haut de la liste, c’est en partie – et incontestablement – grâce à son talent, immense ! mais aussi en raison du parcours atypique qui le poussera à l’âge de vingt ans à apprendre à lire et à écrire, entamant ainsi le chemin qu’on lui sait. Pendant vingt ans pourtant, Choukri aura trainé la misère d’une existence malheureuse où tous les coups sont permis et où seule la survie compte. Il aura lutté contre l’ignorance et la famine qui sévit au sein des classes sociales les plus pauvres du Maroc d’après-guerre. Le petit Choukri grandit en cultivant le mépris de son prochain, ainsi que la haine du père (le monstre, comme il le nomme) dont il souhaite secrètement la mort. Un père qu’il craint et qui assassine. Un père qui incarne la terreur. Exit les rêves d’enfant. Choukri, très tôt, est confronté à la brutalité d’une société qui ne peut l’épargner, et qui le maintient dans un état d’asthénie extrême ; celle d’une vie à laquelle il prend part par dépit et qu’il va tenter de détruire avant qu’elle ne le détruise.  Lire la suite

Publicités

Mohamed Kacimi – La confession d’Abraham

Mohamed Kacimi - La confession d’AbrahamJe n’ai rien contre les religions. Les gens peuvent croire en ce qu’il leur plaît de croire – et à leur guise. Il y a juste que j’aime me complaire dans le luxe de ne croire en rien, bien que – et pour reprendre Sartre – mon scepticisme m’empêche d’être athée. Toujours est-il que les histoires de messie me laissent indifférente. Au final – et conséquence honteuse de la chose – Abraham m’est peu familier. Je ne connais de lui que le sacrifice commis eu égard à la volonté divine – ce qui est peu de chose, il va sans dire. Ouverte à tout pourtant, j’étais disposée à lire Mohamed Kacimi qui a romancé l’histoire d’Abraham et lui a donné une parole fictive. Abraham aurait-il sacrifié son fils sans sourciller ? Et si les faits avaient été différents du mythe que l’on s’en fait ? Si Abraham, tourmenté par l’horreur de son geste, avait vécu son rapport à Dieu tel un fardeau ? Alors bien sûr, on y croit à moitié dès lors que discerner la fiction de la réalité dans les textes sacrés relève du ramdam. Mais alors ! je vous laisse imaginer quand Kacimi s’en mêle. Lire la suite

Nina Berberova – L’accompagnatrice

Nina Berberova - L’accompagnatriceLoin de moi l’idée de copier la réplique de Blondin, mais il m’a toujours semblé que le monde se divisait en deux catégories : ceux qui sont heureux et ceux qui ne le sont pas. Et pour ces derniers rassurez-vous, l’affaire n’en est pas une. Ils ne sont pas heureux et ce n’est pas grave, car il n’y a rien qui puisse se faire pour contrer cela. C’est en eux, vous comprenez. Ils vivent avec. Par période bien sûr, il leur arrive de connaître un moment de répit. Mais l’instant est futile et aussitôt leur nature reprend ses droits. Et ces autres bienheureux ne comprendront jamais qu’il soit effectivement possible de vivre une existence en soi identique à la leur et quand même, ne pas y trouver source de joie. Mais que voulez-vous : c’est l’aspiration au bonheur qui veut ça. Lire la suite