Jean Védrines – La belle étoile

Jean Védrines - La belle étoileIl y a des livres dont, sitôt lus, on oublie l’auteur et d’autres qui nous hantent pour des mois. « La belle étoile » de Jean Védrines fait partie de cette seconde catégorie.

Je ne sais pas vous, mais j’ai toujours pris plaisir à arpenter les allées des librairies. Déambuler parmi les livres, sans titre ou auteur particulier en tête. Juste déambuler et parcourir des yeux les rayons, à la recherche du mot ou de la couverture qui vous arrête, intrigue et subjugue. Du livre qui vous émouvra pour des semaines ; celui-là même que vous garderez amoureusement secret toute la durée de la lecture parce que vous voulez avoir parcouru la dernière ligne avant de le crier : vous avez déniché la perle rare !

La couverture de « La belle étoile » est d’une simplicité merveilleuse. La quatrième de couverture achèverait de vous convaincre. Mais je rechigne à lire des auteurs dont la vie ne me convainc pas. La biographie de Jean Védrines ne peut que pousser à le lire.

« La belle étoile », c’est l’histoire de Giovan et de son père. De son père surtout, vu à travers ses yeux de pré-adolescent. Son père, engagé mais fragile, dont la mélancolie et le métier d’ouvrier m’ont fait songer au mien.

« La belle étoile » relate l’histoire d’une famille d’immigrants italiens venus se poser en France dans les années 1950-60. Cette famille intrigue dès le départ par son passé – lourd de sous-entendus. Elle laisse planer le mystère autour des raisons de son exil. Et Giovan, resté en dehors des explications, peine à comprendre et à nous faire comprendre les motivations du père qui, du jour au lendemain, à abandonner sa vie au cœur des Pouilles italiennes pour l’exil – et l’hostilité qui va de pair. Mais il finira par comprendre – et nous avec. Notre âme n’en sera que plus troublée. Parce qu’on ne comprend finalement pas. On ne comprend pas l’attitude du père. On rêverait de révolution là où le père, au passé si glorieux, se complait dans une latente assimilation des lois du marché. Et cette attitude est d’autant plus frustrante qu’elle est contradictoire avec celle du grand frère. Le grand frère de Giovan au destin tragique qui rêve de Lénine, de lutte des classes et de perpétuation de l’histoire familiale – révolutionnaire. Et le père le met en garde mais la fougue du jeune homme ne l’entend pas. Et c’est Giovan qui assiste impuissant à cette lutte-là, partagé entre l’amour au père et l’admiration au frère.

Un frère qui bouleversera par ses convictions ; ses mots et sa colère qu’il ne parvient à exprimer qu’une seule fois.

Ecoute-moi bien, petit frère ! Jure-moi que pour tes dix-huit, tes vingt ans, tu ne te laisseras pas avoir, que tu ne céderas pas à la sale rengaine qui englue si vite les pauvres, les enfants de l’usine, qui les force à rester dans le trou, la fosse où leurs pères ont végété, crevé ! Jure-moi que tu feras comme moi, te tireras de ce bled, éviteras tous les autres trous qui t’offriraient un gîte poisseux, une assiette maigre et l’attente d’une mort de troisième classe ! Jure-le sur ce que tu as de plus sacré, putain… (Jean Védrines, La belle étoile, Paris, Fayard, 2011, p.333)

C’est ce qui finit par nous convaincre de l’absolue perfection de cet ouvrage.

Car le début du roman est lent, très lent. Et on se pose plus d’une fois la question de savoir où Védrines veut en venir. L’histoire ne démarre réellement qu’aux trois-quarts du livre, lorsque les premières manifestations de désaccord se font entendre, à l’usine du père. Et c’est une fois entré dans cette partie du roman qu’on comprend et admire la plume de Védrines.

Un chef-d’œuvre – cinq étoiles.

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