Christian Bobin – La plus que vive

Christian Bobin - La plus que viveSi je pouvais me réincarner, là tout de suite, en un auteur contemporain, je choisirais – sans hésiter – de passer le reste de mes jours dans la peau de Christian Bobin ; sa complexité, sa grandeur, sa tristesse et sa solitude me permettraient de partir l’âme en paix.

Je pense que tous ceux qui découvrent, lisent Bobin sont touchés par sa grâce et son humilité. Et je pense également que si on en tombe amoureux, on le reste.

Je me souviens de l’interview que Bobin a accordée au magazine Lire, en début d’année. C’était pour la sortie de son livre « L’homme-joie ». « L’homme-joie » qui fait référence à « La plus que vive » et qui m’a touchée par sa profondeur. Bobin est un être habité, solitaire et complexe. Un personnage profond, qui peut ne pas faire l’unanimité mais qui marque. Bobin, c’est l’homme qui fait rêver. C’est celui qui réactualise la poésie, dans une société où peu de monde s’y intéresse encore. Et si la poésie devait être réinventée, redéfinie, aujourd’hui seul Bobin pourrait en signer les premières œuvres.

« La plus que vive », c’est une poignante – bouleversante – déclaration d’amour à une femme – que dis-je, à la femme – que Bobin a aimée, puis perdue. Et si vous ne croyez pas à l’amour, alors vous changerez d’avis. Car Bobin prouve en un peu plus de cent pages que le vrai amour, celui fantasmé par nous tous, désœuvrés, existe. On peut aimer, et ensuite continuer à aimer – bien après la mort. Aimer comme si l’être perdu continuait de vivre à nos côtés. Non pas en l’oubliant ou en le reniant, mais en vivant avec. Et en acceptant de vivre avec. C’est la magie Bobin.

« La plus que vive » nous plonge dans les pensées de Bobin. Ses pensées troubles, hantées par le souvenir et la mort tragique de sa compagne ; une compagne qui lui a légué des souvenirs doux, amers. Une trainée de tristesse. Mais une tristesse qu’il va transformer en force en lui dédiant ce livre.

Car non, on ne ressort pas indemne de « La plus que vive ». On en ressort le cœur alourdi et peut-être changé. Et on éprouve de la peine pour Bobin, à se l’imaginer seul, solitaire – comme il se plait à le répéter – attablé à sa table de travail, face à une page blanche qu’il remplira de son talent – plus que probablement – inné. On est également envieux. On envie cet homme qui aura compris que finalement la vie, c’est bien plus que tout ça – n’est-ce pas ? Et l’on se met à rêver de cette vie en solitaire qu’il a décidé de mener et qu’il mène ; qui lui apporte un bonheur qu’il mérite. On cogite longtemps après la fin du livre sur certains passages qui nous restent en travers de la gorge. Comme celui-ci, qui est resté en travers de la mienne et qui bouleverse encore, des mois après.

On peut donner bien des choses à ceux que l’on aime. Des paroles, un repos, du plaisir. Tu m’as donné le plus précieux de tout : le manque. Il m’était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais tu me manquais encore. Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour. Tu as cassé les vitres et depuis l’air s’y engouffre, le glacé, le brûlant, et toutes sortes de clartés. Tu étais celle-là, Ghislaine, tu l’es encore aujourd’hui, celle par qui le manque, la faille, la déchirure entrent en moi pour ma plus grande joie. (Christian Bobin, La plus que vive, Paris, Gallimard, 1996, p.102)

Mea-culpa, je vous livre deux cinq étoiles de suite, mais on parle là d’un homme qui en mériterait plus encore.

Un must, une perfection, une merveille, un bijou – cinq étoiles.

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7 réflexions sur “Christian Bobin – La plus que vive

    • Mehtap dit :

      Il existe, il existe. Et Bobin le prouve. Mais pas dit qu’on le connaîtra tous, et tant mieux. Je te le conseille. Que tu aimes ou pas, tu ne perds rien à lire Bobin.

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