Pascal Bruckner – La maison des anges

Pascal Bruckner - La maison des angesAutant vous prévenir : c’est pour éviter de devoir vous livrer trois cinq étoiles de suite que j’ai choisi de revenir sur le dernier livre de Pascal Bruckner, lu cet été : « La maison des anges ». Et il ne peut exister aucune autre raison de revenir sur cet ouvrage qui sonne comme une injure à la bonne littérature.

« La maison des anges » est pourtant un livre au potentiel considérable ; au pitch prometteur. Il suffit de lire le résumé et de connaitre Bruckner pour se laisser convaincre et se lancer dans l’histoire. Et à priori, on pense avoir fait un bon choix. Mais non, « La maison des anges » déçoit. Comme face à un grand amour qui se termine mal, on se dit qu’on aurait préféré ne jamais être tombé sur ce livre-là. Car Dieu sait l’engouement et la sympathie que l’on ressent au départ pour Antonin Dampierre, personnage central de l’histoire. C’est le dénouement qui rate son objectif : la chute nous laisse sur notre faim. Bruckner a manqué la cible – à notre grand désenchantement.

Car on aurait voulu pouvoir aimer le roman de Pascal Bruckner. Sincèrement. On aurait voulu mais on ne peut pas. L’histoire est trop prévisible pour l’être. La fin nous laisse de marbre alors qu’elle devrait nous faire réfléchir sur la nature humaine. Face à cette sempiternelle dichotomie du bien et du mal, on se sent embarrassé pour Bruckner, de voir à quel point le jeu ne prend pas. Au fil des pages, c’est un scénario digne d’un film hollywoodien (c’est dire !) qui se joue sous nos yeux. Un scénario pauvre avec pour seule morale : le méchant n’est pas forcément celui auquel on pense. Ben voyons.

Mais heureusement, il y a Antonin Dampierre. Antonin, ce anti-héros misanthrope, dont le caractère névrosé et atypique sauve la mise. Antonin, le personnage principal de cette histoire manquée. Un gars pas comme il faut – sous tous rapports. Un brin fou, froid mais lucide qui se donne pour mission d’éliminer de Paris les sans-abri qui, à ses yeux, sont condamnés à le rester ; vies foutues, irrattrapables. Etres errant au gré du destin qui ne voient point de salut. Car c’est là la vermine ; l’origine des maux, de la crasse qui naît et se développe dans Paris. Paris qui se porterait mieux si seulement il parvenait à les éliminer. Un par un. Et ce nouveau but qu’il se fixe le revigore et lui donne ce souffle qui lui manquait. Il erre dans Paris à la recherche de ses cibles ; celles qui sont les plus désespérées. Et il se donne tous les moyens pour y arriver.

Tel le félin aux abords d’un troupeau, il repérait les plus faibles, les épuisés, ceux dont les mains tremblaient, qui avaient à peine la force de laper leur soupe. Il leur donnait des sobriquets, analysait leur conduite et une fois de retour chez lui, organisait un casting de l’horreur, ne retenait que les plus démolis. Il pensait souvent à cette phrase des films policiers américains : it’s a dirty job but someone has to do it (c’est un sale boulot mais quelqu’un doit le faire). (Pascal Bruckner, La maison des anges, Paris, Grasset, 2013, p.142)

Antonin est un illuminé mais il tire sa force de cette illumination. Alors il décide d’œuvrer et s’attèle à la tâche. Consciencieusement. Avec toute sa tête. Et nous, on y croit. On en développe une curiosité malsaine. On guette anxieusement. On se languit de connaître la façon dont Antonin va s’y prendre pour arriver à son but. Mais c’est sans compter l’arrivée d’Isolde, excentrique pourfendeuse de la misère sociale. Et c’est là que Bruckner dérape. On la voit, la fin, arriver à cent pages. Prévisible, l’histoire ne peut plus être sauvée. Pas même par la descente aux enfers d’Antonin, pourtant passage le plus jouissif du roman.

Sans conviction donc – deux étoiles.

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