Benoîte Groult – Ainsi soit Olympe de Gouges

Benoîte Groult - Ainsi soit Olympe de GougesQue mes amis et lecteurs masculins me pardonnent. Qu’ils n’y voient aucune attaque personnelle contre le sexe fort et qu’ils sachent que la personne que je vénère le plus en ce monde fait partie de leur genre. Mais – parce qu’il y a un bien un mais – il faut le dire, dans ce monde aux règles dictées par – et pour – les hommes, lorsqu’une femme dérange, il faut qu’on l’affuble de sobriquets peu élogieux. C’est une technique qui vise à mieux la dominer ; la faire taire. Amoindrir l’impact qu’elle pourrait avoir en la décrédibilisant. Petit joueur – certes – mais efficace. Et nombreuses sont celles à en avoir fait les frais. Alors c’est folie, délire, hystérie, hérésie. La paranoïa reformatoria. Et amen.

Si cette technique est appliquée à tout niveau de la relation homme-femme, elle est d’autant plus mesquine quand l’homme a affaire à une femme qui tente de changer le cours des choses ou de s’approprier un quelconque degré de son pouvoir. C’est naturellement à cette pauvre Jeanne que l’on pense. Mais il y a Olympe aussi. Olympe de Gouges.

Olympe de Gouges, c’est la femme à l’origine de la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » – Déclaration méconnue de tous aujourd’hui. Celle que les hommes de son temps ont fait passer pour démente car elle menait un combat contre les privilèges qu’ils s’étaient octroyés. C’est celle qui se fit un nombre incalculable d’ennemis et qui, en réalisant la chose, s’en donnait d’autant plus à cœur joie, à les provoquer.

Olympe dérangeait. Elle dérangeait les hommes. Et je ne peux qu’aimer une femme qui dérange les hommes. Ou qui dérange tout court. Avec Olympe de Gouges, on parle de féminisme. Du vrai. Pardon pour celles qui croient que le féminisme, c’est les Femen. Mais non. Le féminisme, c’est Olympe de Gouges. Et toutes celles qui théoriseront sur base de ses écrits. Rien d’autre. Avec elle, est née – et est morte – la lutte pour le droit des femmes. En lui tranchant la tête, l’homme condamnait le sexe faible à de longues années d’errance politique. Il lui faudra des siècles pour ensuite revenir dans le combat pour l’égalité des sexes. Et gagner des batailles. Des siècles après qu’Olympe en ait émis l’idée – et soit morte pour l’avoir revendiquée.

Pauvre Olympe, délaissée par tous. Délaissée par ces autres femmes qui se positionnaient contre elle, privilégiant la relation inégale qu’elles entretenaient avec les hommes. Alors bénie soit Benoîte Groult de mettre à profit sa notoriété pour la ramener à la lumière en lui dédiant une biographie : « Ainsi soit Olympe de Gouges ». Biographie pauvre, certes (la biographie ne représente que la moitié du livre, soit cent pages à peine ; la seconde partie est une sélection de textes d’Olympe) mais qui a pour avantage de sortir de l’obscurité un personnage à tort méconnu. Si le livre n’est pas révolutionnaire, il rappelle la force de caractère de cette femme qui est morte pour un idéal – si évident, pourtant – et qui a eu l’intelligence de repérer la faille dans cette lutte pour l’égalité des sexes. Cette faille sur laquelle elle écrivit ceci.

Les femmes (…) n’ont pas de plus grands ennemis qu’elles-mêmes. Rarement on voit les femmes applaudir à une belle action, à l’ouvrage d’une femme. Peu sont hommes par la façon de penser, mais il y en a quelques-unes et malheureusement le plus grand nombre des autres se joint impitoyablement au parti le plus fort… Il faudrait donc, mes très chères sœurs, être plus indulgentes entre nous. (Benoîte Groult, Ainsi soit Olympe de Gouges, Paris, Grasset, 2013, pp.65-66)

Que cette brave Olympe soit entendue par les femmes du monde entier. Car mes très chères sœurs ! elle avait vu juste. Que nous y gagnerions à nous montrer plus indulgentes entre nous ; à nous serrer les coudes et nous méfier des qualificatifs que les hommes utilisent pour noircir notre genre.

Il y a trois raisons qui me poussent à aimer ce livre : le refus de faire le jeu des hommes qui ont tenté de décrédibiliser Olympe de Gouges, la tentative de Benoîte Groult de la ramener dans l’Histoire et mon sexe.

Trois raisons – trois étoiles.

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9 réflexions sur “Benoîte Groult – Ainsi soit Olympe de Gouges

  1. Little Shiva dit :

    Oh, bon article Mehtap – mais la lutte est loin d’être morte. FeMiNiSmE–YeAh!

    Et je ne suis pas d’accord que nous on est « le sexe faible » – je dirais plutôt le contraire!

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  2. Meltem Teke dit :

    Amen! En ce jour si spécial, cette magnifique critique a encore plus de signification à mes yeux. Une pensée pour toutes les femmes que je connais, et les autres, qui sont des modèles de force et de courage.

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  3. SAM dit :

    J’ai vraiment envie de le lire ! Je suis admirative de ses femmes en lutte car je me dis que c’est tellement encore compliqué aujourd’hui que pour se battre et défendre ses idées à l’époque il fallait être vraiment courageuse. Dans un autre style je te conseille aussi « une chambre à soi » de Virginia Woolf.

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