Sylvain Tesson – Petit traité sur l’immensité du monde

Sylvain Tesson - Petit traité sur l’immensité du monde Je dois vous avouer un truc : j’ai un défaut. Au moins un. Je juge à l’instinct. Je peux aimer ou détester sur seule base de mes observations ou intuitions. Au feeling je me fais une idée sur une personne ou une chose. Et comme je suis la fille de mon père et que j’ai un esprit obtus, je m’y tiens.

Mais ne vous méprenez pas. Je n’en suis pas fière. C’est pourquoi, tout récemment, parce qu’ayant fêté un an de plus, je me suis dit qu’il était temps de changer. De prouver que j’avais tort ; aller au-delà des supposés. Foncer en librairie, attraper le premier livre de Sylvain Tesson qui me tomberait sous la main, me barricader chez moi et le lire sans plus poser de questions. Et c’est ce que j’ai fait. Et à présent je réalise que cela fait trente et une années que j’ai effectivement raison de me fier à mon instinct.

« Petit traité sur l’immensité du monde » n’a rien d’un traité. Et encore moins de lien avec l’immensité du monde. Car, comment vous dire ? Comment résumer ce qui ne peut l’être : le néant, le vide et le rien du tout ? Qu’ai-je lu ? Quel était le but de ce – susnommé – traité ? Eh bien ! ne me le demandez pas. Je l’ignore. Du « Petit traité sur l’immensité du monde », on n’en retire pas grand-chose. Voire rien du tout. Si j’étais mauvaise langue, je vous dirais qu’on en retire bien un soulagement, une fois le livre terminé. Mais je ne suis pas mauvaise langue.

Tesson s’aventure donc sur les traces du grand Thoreau. A l’instar de « Walden ou la vie dans les bois », « Petit traité sur l’immensité du monde » parle de solitude, d’introspection, de rapprochement avec la nature et d’exil en terre sauvage. Pour les cinéphiles – une sorte de « Into the wild » littéraire. Tesson y raconte qu’il a vadrouillé un peu partout et vécu dans des cabanes au fin fond des forêts russes où il a mangé des pattes d’ours (oui, cela m’a marquée), rencontré des poupées russes, bu de la vodka et couché ses pensées dans son journal. Mais la comparaison avec « Walden » s’arrête là. Car Tesson n’a pas l’étoffe d’un Thoreau. Et sous sa plume, le périple nomade et solitaire prend la forme d’une rébellion adolescente aux revendications incertaines. Et dont le fond nous échappe – la forme aussi, d’ailleurs.

Et le voilà à coucher à moitié nu sur des bancs publics, à se dissimuler dans des sites en construction pour y passer la nuit, à grimper aux arbres des forêts où il se perd et à s’adresser à la verdure qui l’entoure. Un illuminé. Et tout cela de lui monter à la tête – tel un Delon de la littérature, et de le voir porter son fardeau d’homme blanc propre à sa classe.

Il [Sylvain Tesson] entend des cris de joie dans les maisons berbères saluant la naissance d’un garçon et des lamentations si c’est une fille. Il a traversé des villages dans les campagnes de Chine où les mères se pendent si elles enfantent une fille. Il a vu en Inde (…) le visage des victimes qu’on a tenté de brûler. Il a lu dans le Coran (…) le mépris ruisselant de stupidité dans lequel est tenue une femme. (Sylvain Tesson, Petit traité de l’immensité du monde, Paris, Equateurs, 2005, pp.92-93)

Et à la lecture de ses aventures, une question nous vient à l’esprit : « Mais pourquoi ? » Pourquoi coucher sur des bancs publics, se dissimuler dans des sites, grimper aux arbres et s’adresser à la verdure – au XXIème siècle ? « Pour la notoriété. Pour écrire des livres et passer à la télé. » Probablement. Et de réaliser que peut-être – peut-être, seulement – Tesson se lance dans ces quêtes pour la postérité. Et ces quêtes si nobles, si chères à Henry David Thoreau, de ne représenter plus grand-chose sous la plume de Tesson. Le néant, le vide et le rien du tout.

Parce que cette fois c’est sûr, jamais plus je ne douterai de mon instinct qui me le dit et le redit, tel le corbeau de Poe – une étoile.

Publicités

5 réflexions sur “Sylvain Tesson – Petit traité sur l’immensité du monde

  1. Meltem Teke dit :

    Moi qui ai adoré « Into the wild » je me repose la question : »pourquoi faire tout ça au XXIè siècle? » Et je rajouterais : »quand on a 40 ans »?
    Eh bien je ne sais pas. Pour répondre à nos questions existentielles et se trouver, soi, au bout du chemin..? Il n’est jamais trop tard pour se découvrir paraît-il… Espérons qu’il ait réussi…

    J'aime

    • Mehtap Teke dit :

      Je l’espère également, mais je reste dubitative. Ceci dit, ses périples sont un succès et Tesson se vend très bien. Le savoir me permet de déculpabiliser de ne pas avoir aimé.

      J'aime

  2. SAM dit :

    Je ne connaissais pas et je ne connaîtrai pas… Je viens de lire sa bio sur le net, il escalade aussi des cathédrales ! Tout pour se faire remarquer celui-ci !

    J'aime

  3. Pierre dit :

    Ben pourquoi donc ? moi j’aime beaucoup ses livres mais il faut les prendre pour ce qu’ils sont. Je ne croispas qu’il se prenne pour un nouveau H.D. Thoreau, il me semble plus humble que ça… C’est une lecture « énergisante », je trouve. Sa volonté de vouloir rendre chaque minute de la vie importante, de vouloir « densifier » chaque instant. C’est un exemple pour moi, je trouve… Et puis, on le sent gourmand des mots et des belles phrases, ça, j’aime également beaucoup.
    PS : Je viens de découvrir votre blog, et j’adore !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s