José Luis Peixoto – La mort du père

José Luis Peixoto - La mort du pèreNe commettez pas mon erreur. Ne pensez pas trouver dans « La mort du père » de José Luis Peixoto des parcelles de la célébrissime « Lettre au père » de Franz Kafka. Les deux n’ont rien à voir. En fait, il ne pourrait exister de plus grand antagonisme littéraire. S’il fallait leur trouver un point commun, ce serait celui de n’avoir jamais été lu par les hommes à qui ils étaient destinés. Oui. Mais là où Kafka note ses déboires avec un père dont il reproche l’autoritarisme, Peixoto écrit pour témoigner de la grandeur d’un homme dont l’absence – insupportable – ôte une fraction de sa vie. Déchirant.

José Luis Peixoto est un poète. Et ce n’est pas « La mort du père » qui le contredira. Rarement j’ai vu d’écriture aussi poétique. D’un rang égalant celui de Christian Bobin – presque. Dans sa version française du moins. Car on pourrait penser que son traducteur François Rosso est en grande partie responsable de ce sacre – lui qui affiche à son palmarès les traductions des Cernuda, Pessoa et autre Pirandello, pour ne citer qu’eux. Mais la magnificence de « La mort du père » ne peut reposer sur les seules épaules de Rosso. Il convient de reconnaître à José Luis Peixoto sa part dans l’incontestable succès, l’indéniable réussite et l’absolue perfection de son œuvre.

Car il y a un peu de Peixoto dans ce livre. Je veux dire : de son être, de son âme – selon ce en quoi vous croyez. Une partie de lui qui a marqué de son sceau la littérature portugaise et qu’il a choisie de livrer au public. On en crierait au voyeurisme, à l’exhibitionnisme si l’émotion qui prend à sa lecture n’était aussi intense. Car au final, c’est l’empathie qui l’emporte. On souffre avec Peixoto. On pâtit avec lui de la disparition d’un homme que l’on n’a pas connu, mais que l’on devine grand. Grands comme le sont les pères aux yeux de leurs enfants. Déroutant.

Par moment aussi, on se sait empiéter dans la promiscuité. On devine aller trop loin dans l’intimité de la relation père-fils. Il y a des choses qui devraient être tenues secrètes. Et Peixoto déroge à la règle. Alors on en questionne sa moralité ; l’éthique de son témoignage que les mauvaises langues qualifieront de narcissique. Mais non. Car Peixoto est sous le coup de la douleur infligée par la mort. Et il ne faut  pas juger un Homme qui souffre. Jamais.

Dans « La mort du père », il y a également des passages d’anthologie. De ces passages que l’on prie de retenir et de se remémorer dans ces moments où il y aurait du bon à s’en rappeler. Des passages qui nous attristent et nous renforcent. A la fois.

Je porte ton nom, et tes certitudes, et tes rêves en l’espace des miens (…) Ne t’attriste plus, papa. Je suis fort sur cette terre sous mes pieds. Je peux et je veux me mettre au labeur, et je rapporterai ici le monde qui fut le nôtre. Je le ferai, papa (…) Ne te tourmente plus pour moi. Je me dirige et je vais (…) Dors, mon tout petit père, qui as été si grand. (José Luis Peixoto, La mort du père, Paris, Grasset, 2013, pp.60-61)

Pour l’anecdote, j’ai lu « La mort du père » deux fois – n’y voyez aucun exploit là-dessous, il se lit en moins d’une heure. Mais il fallait au moins ça pour écrire ce billet en conservant toute sa tête. Ne sous-estimez donc pas l’émoi qui s’en dégage.

Parce que « La mort d’un père », c’est avant tout un hommage vibrant à un homme qui doit à son fils la consécration ultime : ne jamais être oublié de la mémoire des Hommes. L’aboutissement d’une vie – cinq étoiles.

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