Rencontre – Hélène Le Chatelier

Rencontre - Hélène Le ChatelierSouvenons-nous – il y a quelques semaines, je découvre Hélène Le Chatelier, auteur de « Dernière adresse ». C’est le coup de foudre – ou quelque chose qui s’y apparente. Rituel oblige – je me lance dans une quête faite de moteurs de recherche et de relations jouées en tout genre pour en connaître davantage sur elle. Et – qu’apprends-je ? Hélène Le Chatelier résiderait dans ma périphérie. Si, si. Je crois halluciner. Tant bien que mal – je vous épargne les détails qui doivent être épargnés – je parviens à nouer le contact. Et c’est avec le sentiment du devoir accompli que je la retrouve un soir face à moi, haute perchée sur ce tabouret d’un Starbucks local.

Cette Française, mère de quatre enfants, a longtemps vécu hors de ses frontières. C’est d’ailleurs au cours de son séjour en Irlande qu’elle retrouve le besoin d’écrire – une envie enterrée à l’adolescence. Sans idée précise en tête, elle se met à la tâche et achève d’écrire « Dernière adresse » l’année d’après. Elle a alors une petite trentaine d’années. Le talent est à maturité.

« J’ai toujours eu envie d’écrire. J’ai parfois amorcé des textes, mais sans suivi. Sans acharnement. Je commençais et j’abandonnais aussitôt. Dernière adresse est mon premier vrai manuscrit. » Je l’observe serrer sa tasse de ses doigts manucurés alors qu’elle se souvient et explique que « Dernière adresse » a failli ne jamais voir le jour. « Je l’ai fait parvenir à quatre grosses maisons d’édition, qui l’ont refusé. J’ai alors rangé le manuscrit dans mes tiroirs tel un dossier classé. Un parcours classique, en somme. » Alors, le faire publier ? Non. Elle n’y croit plus. Quand une rencontre à Dublin en décide autrement.

« J’ai rencontré cette femme qui avait publié autrefois, et à qui j’ai raconté que mon manuscrit dormait dans un coin. Après lecture, elle m’a fait remarquer que j’aurais dû l’envoyer à une vingtaine d’éditeurs. Au moins. » Et Hélène Le Chatelier retrouve un second souffle. Elle décide d’écouter les conseils prodigués et remet la main sur le manuscrit trop vite oublié. Arléa tombe sous le charme. L’éditeur la rappelle trois jours après, pour une publication certifiée à la rentrée. Hélène Le Chatelier croit rêver. « J’y avais à peine cru » avoue-t-elle, sourire en coin.

A la question de savoir si « Dernière adresse » se veut une dénonciation d’une société où la vieillesse est délaissée et taboue, Hélène Le Chatelier s’en défend. « J’ai simplement voulu me pencher sur un thème qui m’intrigue : la vieillesse et les pertes d’autonomie et de dignité qui vont avec. C’est une proposition pas une réponse. » Une peur de vieillir ? « Peut-être. » Elle passe la main dans ses cheveux, un sourire timide aux lèvres. C’est une femme charmante et raffinée – je ne peux m’empêcher de noter. Et belle – de ce type de beauté qu’ont les femmes qui l’ont toujours été.

« Il y a beaucoup de gens talentueux qui écrivent mais qui ne seront jamais publiés » fait-elle remarquer en toute modestie, lorsque je lui demande de revenir sur son parcours. « La publication dépend des rencontres, du timing. De la subjectivité de l’éditeur, aussi – qui fait qu’au moment précis où il recevra votre manuscrit, il sera prédisposé à l’aimer. » Je note, hoche la tête. Et je la vois du coin de l’œil qui attrape élégamment sa tasse de café. « A quelques mois près, Dernière adresse aurait peut-être été rejeté » soupire-t-elle. Je doute.

J’essaie d’en savoir plus sur elle mais elle se veut discrète. Elle avoue qu’elle n’est pas très active sur les réseaux sociaux et que certaines de ses connaissances ne savent rien de son passé littéraire. Pourtant, elle continue d’écrire et aurait terminé un second manuscrit – « prêt à trouver preneur » glisse-t-elle entre deux phrases. Elle esquisse un sourire, mais ne rajoute rien. Je la devine garder des choses pour elle.

Je cherche alors à la faire parler de sa narratrice. « Bien sûr, il y a une grande part de moi chez elle » admet-elle. « Cette volonté de ne pas se résigner – quoi que la société puisse donner à penser. » Cette envie de vivre, je crois lire entre les lignes. Mais je n’ose le dire.

Je lui demande alors si elle aurait un conseil à se donner, si elle se revoyait plus jeune. « Non. Je crois que tout a un sens et une raison d’être, y compris – et surtout – nos erreurs.  Comme ma vieille dame, je reprendrai à mon compte ce passage du livre. »

Voilà ce qui reste à la fin : le trajet, la route. Une ligne reliant un point à un autre. Un itinéraire, une errance (…) La seule chose qui reste, c’est le chemin et le cheminement qui va avec (…) Et la valeur du chemin réside dans ce que l’on veut bien en faire.

Ses yeux replongent dans les miens, mais elle est ailleurs. « Le principal, c’est de ne pas mourir avec des regrets. Surtout pas. »

Je repose mon stylo bille – pensant qu’elle en a terminé. Mais elle ajoute – si bas qu’il me faut tendre l’oreille pour l’entendre : « Le bonheur, c’est ça. A la fin, partir sans regret. »

A la mort, avoir aimé la vie.

Tout aimer de la vie. Sauf la fin.

Les derniers mots de « Dernière adresse » me reviennent. Déjà, je reprends le stylo bille. Mais elle ne répondra plus. Et la phrase continue de résonner dans ma tête, longtemps après qu’elle m’ait quittée ce soir-là.

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5 réflexions sur “Rencontre – Hélène Le Chatelier

  1. Meral dit :

    C est totalement incroyable d avoir rencontre cette ecrivaine… C est fou. C est pour ca sans doute qu il s agit d un de mes billets preferes. Bisous

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  2. sabine dit :

    vous êtes juste toutes les deux magnifiques. C’est ces moments là qui font que l’on s’autorise des deux côtés de la table à y croire un peu plus, à rêver, à se dire oui c’est possible. Merci

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