Harold Cobert – Un hiver avec Baudelaire

Harold Cobert - Un hiver avec Baudelaire Parfois, la littérature française m’ennuie. Non que j’envisage d’un jour la bouder – comment pourrais-je ? Mais il faut toujours que mes attentes soient balayées. Il existe évidemment – et heureusement – des exceptions – de celles qui confirment la règle. Mais il semblerait – contrairement à leurs homologues anglo-saxons – que les auteurs français ne soient plus aussi pertinents qu’antan. Je devrais en dresser une liste tant les accusations de mauvaise foi me pendent au nez ! mais bien trop souvent pourtant, les romans français adoptent des airs de scénarios hollywoodiens. Vous savez, ces histoires trop peu crédibles et bien trop mielleuses. Vous me direz – c’est là le rôle d’une fiction, enfin. Mais – vraiment ? Ce constant happy end ; ce scénario simplifié, surjoué, improbable ? Et avec « Un hiver avec Baudelaire », il a fallu que le sympathique Harold Cobert tombe lui aussi dans les travers de ce piège made in USA.

L’histoire est banale. Savamment amenée notons, elle aurait pu être originale. Philippe Lafosse est mis à la porte du domicile conjugal par une épouse qui exige le divorce. Son CDD n’est pas renouvelé. Il n’a pas de famille proche à proximité et ses amis ne lui sont d’aucune utilité. Sans ressources financières et sans logement, il erre dans les rues de Paris et se laisse entraîner dans une spirale sans fin faite de misère humaine et d’injustice sociale. Il ne survit que dans l’espoir de revoir sa fille et grâce à quelques amis de fortune, dont un chien baptisé Baudelaire – en référence au célèbre poème « Les bons chiens ».

En fait – le roman une fois entamé, vous n’arrêterez pas votre lecture – et ce, bien qu’il sente le happy end à deux cents septante pages et des poussières. Vous voudrez en connaître la fin ne serait-ce que pour satisfaire votre cynisme. Mais « Un hiver avec Baudelaire » est truffé de clichés. Et ce sont ces clichés dans la fiction qui énervent.

La palme revient à cette séquence. Le héros est confronté à trois SDF décidés à lui faire la peau pour un bout de trottoir qu’ils revendiquent leur. Lui rend coup pour coup. Réalité incontestable et malheureusement plausible, oui. Mais voilà. Alors que l’un des agresseurs sort un couteau – le méchant se la jouant déloyal – il faut qu’Hollywood intervienne. Enfin – je veux dire, Baudelaire. Le chien n’est alors pas son chien. C’est un chien qui le suit sur plusieurs dizaines de pages et que Philippe Lafosse tente à plusieurs reprises de chasser – vainement. Le must du cliché à l’américaine.

— J’vais te saigner, fils de pute !… Il fait un pas en direction de Philipe, quand un chien surgit de l’ombre, bondit et enfonce profondément ses crocs dans le bras tenant l’arme. Le chef hurle de douleur, lâche le couteau, qui tombe sur la grille. Ses deux complices ont un mouvement de recul et de repli. — Il a un cleb, l’enculé ! lâche l’un. — Putain de merde ! s’exclame l’autre. (Harold Cobert, Un hiver avec Baudelaire, Paris, Héloïse d’Ormesson, 2009, p.183)

Il suffit de fermer les yeux et d’imaginer la scène qu’en ferait Michael Bay…

Puis – il y a d’autres clichés aussi. Je ne peux tous les énumérer ici, mais il y en a un que je me dois de. Il s’agit du portrait douteux que Cobert dresse de l’ex-épouse. Je veux bien que certaines personnes soient antipathiques – cela arrive – mais de là à – ne pas se montrer tendre avec sa fille, déménager et changer de numéro de téléphone sans prévenir, se recaser le mois d’après avec un homme méprisable, cracher sur un homme dépourvu de moyens et sans domicile fixe et exiger de lui une pension alimentaire – et j’en passe etc. A croire que la vie, c’est comme au pays de Candy : il y a des méchants et des gentils.

Parce que – « Un hiver avec Baudelaire » est aussi plaisant à être lu qu’un film de Bay à être vu ; et parce que j’ai passé l’âge de croire à un concept manichéen de la vie, aussi – deux étoiles.

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