Roger-Pol Droit – Si je n’avais plus qu’une heure à vivre

Roger-Pol Droit - Si je n'avais plus qu'une heure à vivreQue feriez-vous si  je vous disais que là tout de suite il ne vous restait qu’une heure à vivre ? Trois mille six cents secondes avant le passage à trépas. Le néant (ou l’éternité, qu’importe). Prenez la peine de considérer très sérieusement la chose et de jouer le jeu. Vous verrez : c’est tout bénef. L’écoulement du temps démarre. Prenez une grande inspiration, faites le vide autour de vous et pendant une minute, réfléchissez-y. Ne vous croyez pas obliger de partager la réponse toutefois. Vous pouvez tout aussi bien la garder pour vous – et j’insiste ! nul ne mérite de connaître ce que vous feriez de vos soixante dernières minutes. Elles sont précieuses et c’est seul que vous affronterez la mort, voyez-vous. Mais enfin – une fois la question posée, acceptez la réalité : votre mort inévitablement un jour viendra et il n’y a rien que vous puissiez faire pour contrer cela. Ou alors si ! la promesse d’accomplir ce que vous feriez si vous étiez condamné à mourir. Car après tout et en réalité : vous l’êtes.

Comment choisiriez-vous de terminer votre vie si sa fin était imminente – donc ? C’est là la question essentielle et existentielle à laquelle (et à la manière de François Cheng) le philosophe vulgariste français Roger-Pol Droit répond dans un tout récent ouvrage publié aux éditions Odile Jacob : « Si je n’avais plus qu’une heure à vivre ». A l’instar de l’Académicien franco-chinois, Roger-Pol Droit revient sur l’importance de considérer la mort – et de l’apprivoiser – pour sublimer la vie. Sa vie. Car – par-delà la certitude de mourir, une erreur subsiste : celle de se refuser à songer à la mort. Ou plutôt, de craindre d’y songer. Comme si y penser précipiterait la chute. Alors même que penser la mort, c’est aimer la vie. Une erreur propre à l’Homme d’aujourd’hui : vouloir faire abstraction de ce qui en réalité devrait être au cœur de toute préoccupation.

Vous ne terminerez pas « Si je n’avais plus qu’une heure à vivre » allégé de la crainte de mourir, non. Car il serait inenvisageable de ne pas ressentir la peur le moment venu, dit l’auteur. Mais en arrivant au bout de l’ouvrage (et en toute logique la lecture prend une heure) vous comprendrez qu’en occultant la mort, on finit par croire qu’elle ne nous concerne pas. Or elle existe. On a beau détourner la vue de ceux qui meurent ! toujours ils meurent. Garder la mort tapie dans l’ombre ne fait qu’accentuer la peur. Il suffirait de faire le point, prendre le temps de réaliser que nous mourrons et vivre avec l’idée pour vivre pleinement.

le problème du trépas ne réside pas dans les faits, seulement dans ce que nous pensons d’eux, mais nous songeons de moins en moins à la mort, préférons détourner le regard, parler d’autre chose, nous occuper de n’importe quoi pourvu d’empêcher d’y réfléchir, cette fausse insouciance fait perdre de vue non pas la mort mais l’essentiel de la vie sauf que cette fois je sais que ça va arriver (…) je ne suis plus qu’envie de pleurer (…) écrasé par le dessus, aplati, épuisé, tétanisé, vidé, laminé, comme roué de coups, sonné, sans tête, la tête vide si vide qu’il n’y a plus rien (Roger-Pol Droit, Si je n’avais plus qu’une heure à vivre, Paris, Odile Jacob, 2013, p.89)

Alors, Roger-Pol Droit anticipe : il faut lutter contre le risque de ne pas être préparé à mourir. C’est la voie qui mène au salut. Et c’est pour l’expliquer qu’il prend la plume et écrit – d’une traite, il semblerait tant le style est fluide et libre, sans réelle ponctuation presque.

De quoi se réconcilier avec l’existence même – trois étoiles.

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2 réflexions sur “Roger-Pol Droit – Si je n’avais plus qu’une heure à vivre

  1. SAM dit :

    Je pense que je laisserais ma voix sur les répondeurs des gens que j’aime pour leur dire à quel point ils ont égayé ma vie. Je leur dirais d’aimer, de voyager, de s’ouvrir aux rencontres, de réaliser leurs rêves et de profiter de chaque rayon de soleil. Laisser sa voix c’est déjà tenter l’éternité, me diras-tu… Mais je sais que le jour où l’odeur de mon grand-père aura quitté son peigne à cheveux que je garde précieusement comme une relique et que je hume les soirs de tristesse, alors je l’aurai perdu à tout jamais. La finitude n’est rien pour celui qui part, c’est pour celui qui reste qu’elle est terrible…

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