Mohamed Kacimi – La confession d’Abraham

Mohamed Kacimi - La confession d’AbrahamJe n’ai rien contre les religions. Les gens peuvent croire en ce qu’il leur plaît de croire – et à leur guise. Il y a juste que j’aime me complaire dans le luxe de ne croire en rien, bien que – et pour reprendre Sartre – mon scepticisme m’empêche d’être athée. Toujours est-il que les histoires de messie me laissent indifférente. Au final – et conséquence honteuse de la chose – Abraham m’est peu familier. Je ne connais de lui que le sacrifice commis eu égard à la volonté divine – ce qui est peu de chose, il va sans dire. Ouverte à tout pourtant, j’étais disposée à lire Mohamed Kacimi qui a romancé l’histoire d’Abraham et lui a donné une parole fictive. Abraham aurait-il sacrifié son fils sans sourciller ? Et si les faits avaient été différents du mythe que l’on s’en fait ? Si Abraham, tourmenté par l’horreur de son geste, avait vécu son rapport à Dieu tel un fardeau ? Alors bien sûr, on y croit à moitié dès lors que discerner la fiction de la réalité dans les textes sacrés relève du ramdam. Mais alors ! je vous laisse imaginer quand Kacimi s’en mêle.

L’idée est bonne pourtant – et je le répète, ce qui ajoute à la déception finale. Le grand Kacimi avait toutes les cartes en main, on ne peut s’empêcher de le penser, pour livrer une œuvre grandiose exploitant le thème biblique du père tourmenté qui, pour complaire à Dieu, accomplit l’acte le plus odieux. Mais la fiction ne rend pas le résultat attendu et laisse  insensible à la cause d’Abraham. On vit « La confession d’Abraham » comme la mise à jour d’un leurre : celle de la réputation d’un auteur suavement préservée jusque-là.

« La confession d’Abraham » se lit comme un monologue contemporain et théâtral. Abraham se remémore sa relation à Dieu, sa femme, ses enfants – et à tous ses descendants également. Sans y croire lui-même, il tente de justifier les requêtes célestes comme une obligation morale, alors que tous lui reprochent sa soumission démesurée. On l’a compris : Kacimi remet en cause l’attachement aveugle à une doctrine que l’on ne comprend pas et qui ne peut être assimilée. Le concept est bon, son exploitation beaucoup moins. Le ton est mielleux ; la critique (pour ne pas dire, le cynisme) est facile et manque de punch. Les références aux textes religieux sont sarcastiques mais mornes. Kacimi commet l’erreur de tomber dans le politiquement correct – exécration ultime pour ma part. Il n’y a rien de plus décisif pour tuer l’intérêt d’un raisonnement que d’y recourir. Ils sont si nombreux à tomber dans le piège et Kacimi ne fait pas exception. Ses clins d’œil aux dangers d’amalgamer le politique et le religieux ne convainquent pas. Oui, le conflit israélo-palestinien est un fléau ! mais de là à laisser entendre que son fondement puisse être purement religieux, allons. Il y a des limites que je ne franchirai pas.

Soyons justes toutefois : il y a bien des passages attendrissants qui proviennent de Sarah, l’épouse d’Abraham. Elle est celle qui doute ; qui questionne et remet en cause. Elle est la voix de la raison, au sens rationnel du terme quand lui se laisse porter par la voix céleste. Elle est Mohamed Kacimi. La critique est raisonnable. Abraham est trop soumis et trop épris d’un Dieu qu’il ne cerne pas et qui le mène à sa perte. Et quand Abraham chancèle et les anges s’en mêlent, il y a Sarah qui toujours – increvable, elle – se maintient debout.

Abraham, qu’est-ce que c’était beau l’Euphrate avant que le Ciel ne t’adresse la parole. Sarah, ton amour. L’increvable, ton unique amour. (Mohamed Kacimi, La confession d’Abraham, Paris, Gallimard, 2000, p.83)

Une confession qui ne convaincra que la moitié d’entre nous ; celle intéressée par une lecture différente du religieux, sans doute – deux étoiles.

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