Mohamed Choukri – Le pain nu

Mohamed Choukri - Le pain nuMohamed Choukri est l’un des écrivains les plus connus de la littérature arabe. S’il est parvenu à se hisser en haut de la liste, c’est en partie – et incontestablement – grâce à son talent, immense ! mais aussi en raison du parcours atypique qui le poussera à l’âge de vingt ans à apprendre à lire et à écrire, entamant ainsi le chemin qu’on lui sait. Pendant vingt ans pourtant, Choukri aura trainé la misère d’une existence malheureuse où tous les coups sont permis et où seule la survie compte. Il aura lutté contre l’ignorance et la famine qui sévit au sein des classes sociales les plus pauvres du Maroc d’après-guerre. Le petit Choukri grandit en cultivant le mépris de son prochain, ainsi que la haine du père (le monstre, comme il le nomme) dont il souhaite secrètement la mort. Un père qu’il craint et qui assassine. Un père qui incarne la terreur. Exit les rêves d’enfant. Choukri, très tôt, est confronté à la brutalité d’une société qui ne peut l’épargner, et qui le maintient dans un état d’asthénie extrême ; celle d’une vie à laquelle il prend part par dépit et qu’il va tenter de détruire avant qu’elle ne le détruise.  Lire la suite

Nina Berberova – L’accompagnatrice

Nina Berberova - L’accompagnatriceLoin de moi l’idée de copier la réplique de Blondin, mais il m’a toujours semblé que le monde se divisait en deux catégories : ceux qui sont heureux et ceux qui ne le sont pas. Et pour ces derniers rassurez-vous, l’affaire n’en est pas une. Ils ne sont pas heureux et ce n’est pas grave, car il n’y a rien qui puisse se faire pour contrer cela. C’est en eux, vous comprenez. Ils vivent avec. Par période bien sûr, il leur arrive de connaître un moment de répit. Mais l’instant est futile et aussitôt leur nature reprend ses droits. Et ces autres bienheureux ne comprendront jamais qu’il soit effectivement possible de vivre une existence en soi identique à la leur et quand même, ne pas y trouver source de joie. Mais que voulez-vous : c’est l’aspiration au bonheur qui veut ça. Lire la suite

Jonathan Coe – La pluie, avant qu’elle tombe

Jonathan Coe - La pluie, avant qu’elle tombe« Si je ris de toute chose ici-bas, c’est pour n’en pas pleurer. » C’est ce que Lord Byron a dit. Alors Jonathan Coe l’écrit et moi je le lis. Et comme tout être mal énamouré – et donc tourmenté, j’ai parcouru l’œuvre de Coe et disséqué son style, roman après roman, mue par la volonté d’y trouver ce qui le rend unique : la comédie sarcastique. Les allusions à ce cynisme qui singularise. Un humour propre qui décape et se fout de tout et du sort ! dissimulant sous le rire la mélancolie de la fiction. Si j’ai dû lire à peu près tout de Jonathan Coe, c’est dernièrement que j’ai découvert son roman le plus iconoclaste et dérangeant : « La pluie, avant qu’elle tombe », qui se dépêtre de la signature humoristique de l’auteur. Quand le comique rend l’âme, la tristesse persiste. Lire la suite