Christian Bobin – La part manquante

Christian Bobin - La part manquanteDimanche dernier, il est arrivé une chose bien étrange. Alors que je somnolais, étendue nonchalamment sur un transat au bord d’une piscine à peine occupée, croupissant sous une chaleur étonnamment accablante pour un début de soirée, je fus dérangée par les rires d’un bambin que j’entendais barbouiller dans l’eau depuis un long moment déjà. Ouvrant à demi l’œil, agacée il faut l’admettre, je vis que son père s’amusait à l’éclabousser, jouette. La scène était d’une futilité somme toute insignifiante. Sauf que – et j’en fus estomaquée ! l’enfant riait de bon cœur. En fait – il riait tant et si bien, d’une force et avec une telle candeur, que j’en fus profondément troublée. Car il me semblait assister là au premier fou rire d’une vie. Je me suis demandé si ce gamin de quelques mois se souviendrait de cet instant lorsque, dans trente ans, il aurait mon âge – et moi le double. L’idée m’a attristée. Le spectacle était d’une telle authenticité qu’il aurait mérité de rester graver dans nos mémoires. Dans celle de l’enfant – pour l’avoir vécu ; dans la mienne – pour en avoir été le témoin. Et tel un Lamartine – à un lac près ; pestant contre le temps qui emporte toute merveille en ce monde, j’ai songé à Christian Bobin. Lire la suite

Christian Bobin – La plus que vive

Christian Bobin - La plus que viveSi je pouvais me réincarner, là tout de suite, en un auteur contemporain, je choisirais – sans hésiter – de passer le reste de mes jours dans la peau de Christian Bobin ; sa complexité, sa grandeur, sa tristesse et sa solitude me permettraient de partir l’âme en paix.

Je pense que tous ceux qui découvrent, lisent Bobin sont touchés par sa grâce et son humilité. Et je pense également que si on en tombe amoureux, on le reste.

Je me souviens de l’interview que Bobin a accordée au magazine Lire, en début d’année. C’était pour la sortie de son livre « L’homme-joie ». « L’homme-joie » qui fait référence à « La plus que vive » et qui m’a touchée par sa profondeur. Bobin est un être habité, solitaire et complexe. Un personnage profond, qui peut ne pas faire l’unanimité mais qui marque. Bobin, c’est l’homme qui fait rêver. C’est celui qui réactualise la poésie, dans une société où peu de monde s’y intéresse encore. Et si la poésie devait être réinventée, redéfinie, aujourd’hui seul Bobin pourrait en signer les premières œuvres. Lire la suite